Le bain, l’eau et les japonais

sento bain japonais traditionnel

Prendre un bain c’est le plaisir quotidien de millions de japonais. Que cela soit à la maison dans l’ofuro お風呂, dans les bains publics ou sentô 銭湯 ou lors d’une escape dans une des innombrables sources d’eau chaude du pays, les fameux onsen 温泉, le japonais aime ses ablutions à la fois hygiénique et source de bien-être après de longues journées de travail. Ici l’eau, et l’eau chaude

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La place du feu dans la maison japonaise

nakasendo ryokan ena gifu

Dans toutes les cultures du globe, le feu a toujours eu une place particulière à la fois protection, énergie, lumière, rapprochement entre les humains… D’où cette fascination et ce sentiment de bien être lorsque l’on est à ses côtés. Ne dit-on pas « chaleureux » ?

Le feu a toujours cohabité avec les maisons de bois japonaises. Les séismes violents

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Les toits de chaume au Japon

toit chaume artisan japon

Lorsque l’on parle des toits de chaume au Japon, on pense systématiquement à Shirakawago à côté de Takayama dans la préfecture de Gifu. Hors les toits de chaume étaient courants dans tout le centre du Japon.

Ainsi par chez moi il n’est pas rare de voir des maisons au toit étrange : c’est en fait un toit de chaume zingué ou couvert par dessus. A quelques encablures de notre maison, nous avons la chance d’avoir un « vestige » laissé par une grand mère il y a quelques dizaines d’années et repris par la ville.

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Les toits et murs japonais

namako kabe murs japonais

Lorsque l’on se ballade dans le village on aperçoit plusieurs éléments différents de notre architecture européenne. L’utilisation massive du bois et notamment du bois noirci au feu, en général des planches de sugi (焼杉板, est ce qui frappe en premier. Cette noirceur particulière, loin d’être désagréable, permet de protéger le bois contre les éléments et les insectes. Aucune maintenance particulière n’est exigée, si ce n’est le remplacement des planches abîmées pour éviter que l’eau ne rentre en contact avec le tsuchi-kabe ou mur en terre sur un support de bambou tressé.

L’omniprésence du bois… sauf au kura

Le kura ou grenier d’entreposage du riz, est un élément important de l’architecture japonaise rurale. Il accompagne quasi systématiquement les fermes, mais on le retrouve aussi à côté des maisons des marchands comme dans mon village. Plus il y en a, plus la maisonnée était fortunée (importance des denrées à stocker).

A la différence de la maison, le kura est en général un édifice maçonné, sur une charpente en bois. Traditionnellement les murs et les portes sont extrêmement épais, 50 cm voir plus afin de garantir une température constante.

Le fait d’être plus constitué de terre avec un revêtement de type mortier ou plâtre, permet un résistance accrue au feu, très utile pour les greniers. Dans les zones proches de la mer, un revêtement particulier et très esthétique a vu le jour, les namako kabe (なまこ壁). Namako fait ici référence au concombre de mer : les joints épais et débordants évoquent la forme de cet animal pour les japonais. Ces murs aux joints saillants sont pensés pour protéger le mur de l’eau grâce aussi aux tuiles à l’intérieur.

Si à l’origine on retrouve cette technique au bord de la mer, on la retrouve même ici au pied des Alpes – du fait du passage de plusieurs ruisseaux dans le village susceptibles de déborder.

namako kabe murs japonais
rue du village, l’arrière d’une demeure et de kuras de marchands qui datent de l’époque Edo. Mur Namako Kabe à gauche.

Le design n’est pas forcément en losange (shihanbari 四半貼り), on peut le retrouver en carré (umanori meji 馬乗り目地) comme sur cette photo d’un ouvrage d’Okayama.

Kurashiki Koukokan Namako Okayama kabe mur japonais

Il ne reste pratiquement plus aucun artisan capable de faire cela de nos jours. Les nouvelles réalisations de namako kabe pour réaliser une décoration japonaise comme pour ce restaurant sont désormais réalisées avec des kits.

decoration japonaise namako kabe

Mais le toit réserve aussi des surprise !

Le toit pour protéger des éléments et des esprits

Les toits de chaume et de bambou ou en bois (lesté avec des pierres) ont petit à petit – il n’en reste plus qu’un au village – ont été soit recouverts d’un autre matériau (souvent une sorte de zingage)ou soit ont cédé la place au toit en tuile. La forme des toits est cependant assez variée, évoluant selon les modes, régions, classes sociales et réglementation imposée par le shogunat comme dans le cas des irimoya.

Les tuiles japonaises traditionnelles, kawara, sont particulières, et assez différentes de ce que l’on trouve en France. Les tuiles traditionnelles sont bien plus lourdes que les tuiles modernes, d’où les charpentes et les allures massives des vieilles maisons nippones.
Le toits sont très larges afin de protéger la maison du soleil l’été, de la pluie et de la neige dans certaines région (pente plus pentue).

Les temples, certaines maisons, ont aussi leur toit garni d’une curieuse gargouille, l’onigawara.

toit japon onigawara
Onigawara sur les bords d’un toit

A l’origine ces décorations étaient également utilitaires (colmater les fuites) mais servaient déjà de talisman (pour ne pas que la fuite revienne). Par la suite l’aspect esthétique et l’effet talisman fit qu’un oni orné chaque maison. Sorte de démon ou d’ogre, il est sensé repousser le mauvais œil et les mauvais esprits de la maison.

Réalisé à la main par un artisan, chaque onigawara est unique. Si de nos jours, il se fait rare sur les toits, on peut le retrouver dans les décorations intérieures japonaises soit dans la doma (entrée traditionnelle en terre battue) ou soit à l’entrée des maisons, sous la forme d’un objet de décoration.

 

Artisanat & Industrie : le bois de Gifu

artisanat japon bois bambou hinoki sugi kiri

Lové au centre du Japon, la préfecture de Gifu et sa voisine Nagano ont pour paysages les montagnes et la forêt. Cette verdure, que nos visiteurs apprécient, est hélas aujourd’hui à la fois monotone (plantations de sugi ou d’hinoki) et en danger, car sous exploitée. Une forêt pour qu’elle reste intéressante d’un point de vue économique et de subsistance, il faut qu’elle soit entretenue afin de produire ce dont l’homme à besoin. Bref, il faut l’orienter. Or, cela coûte de couper des arbres, de les débarder… surtout dans ces régions au relief escarpé.

Mais il n’empêche que le bois reste au coeur des préoccupations économiques locales, place qu’il acquise depuis fort longtemps.

Un peu d’histoire au cœur du bois

L’agro-foresterie était le système économique dominant jusqu’aux années 70 et l’essor du pétrole. Le sugi (cryptomeria ou cèdre du Japon) et l’hinoki (cyprès du Japon) sont les les principaux bois plantés et servent de bois d’oeuvre pour les maisons japonaises traditionnelles. Le paulownia (kiri) lui est plus utilisé pour les commodes et placards à kimono, le bambou (take) – soit à l’orée des bois, soit en bambouseraies, de plus en plus rares, sert traditionnellement et selon les espèces aux objets de la vie courante (sac à dos, séchoir, chapeau…). La forêt a fourni également du charbon, qui a chauffé les usines Toyota, à quelques kilomètres de chez moi, pendant des décennies. C’était une activité très courante dans les villages aux alentours. Seuls quelques anciens savent encore faire du charbon de bois à l’ancienne.

Le bois de la vallée de Kiso, généralement de l’hinoki est depuis des siècles un bois recherché pour les bains traditionnels japonais en bois ou pour les getas, sandales japonaises. C’est aussi le bois utilisé pour les monuments religieux, les parements en bois de salles de bain traditionnelles, du fait de ses qualités antifongiques et résistance à l’humidité. Il résiste également très bien aux insectes et à la putréfaction.

Le Kiso Nezuko est un hinoki très dur mais léger utilisé spécialement pour les getas, les sandales en bois japonaises.

Le sugi est une essence plus souple, moins dense, facile à travailler avec quasi les mêmes qualités (résistance aux insectes et aux intempéries) il est utilisé pour toutes sortes d’objets (boîtes, mobilier, fûts…) mais aussi en construction légère.

Le sugi et le hinoki ont tous les 2 une odeur particulière que les japonais adorent. Personnellement mon dressing avec ses planches de sugi sent merveilleusement bon et repousse les insectes.

Les essences des forêts ne se bornent pas à ces quelques essences, on y trouve des pins, des sapins, des érables…

Que reste-il aujourd’hui du travail du bois ?

Le charbon est toujours fabriqué, essentiellement à base de bambou pour diverses applications comme la déco en bambou/bois carbonisé ou pour comme désodorisant naturel (il absorbe les odeurs). Il ne reste plus que cette activité, certes marginale pour ce genre de produit.

Le bambou n’est plus réellement utilisé dans les objets de tous les jours, il a peu à peu était remplacé par le plastique dans de nombreuses applications, comme M. Inagaki me l’avait expliqué.

Quand aux matières plus nobles, même si la forêt est difficile à exploiter, elles trouvent toujours des utilisations de prestiges. Si les maisons traditionnelles sont faites avec du bois et des essences japonaises, la plupart des constructeurs, pour des raisons de coûts, travaillent avec du bois d’importation. Le débardage au Japon, du fait des vallées encaissées, pentues et difficiles d’accès, doit être parfois réalisé par hélicoptère. Le coût du bois, bien qu’aux qualités indéniables, est donc renchéri, même si le secteur reçoit beaucoup de subventions. Les constructeurs et artisans du bâtiments se regroupent avec l’impulsion des autorités locales liées à la forêt pour essayer de promouvoir l’habitat fait d’essences japonaises; comme ici à Shirakawa-go.

Si les unit baths ont envahi les maisons et les salles d’eau nippones, le bain en bois hinoki reste une valeur sûre du bien-être japonais. Généralement fabriqués à la main par les artisans japonais, ils évoquent le summum de l’art de vivre japonais. Hinokisoken est à ce titre (et en voisin) un des dignes représentants de cet artisanat du bain japonais en bois, avec une touche design en plus.

Le bois de la vallée du Kiso sert toujours à parer les pieds des japonais et japonaises – les fameuses getas surélevées des maîtres sushi ! Ainsi les Getals , autre produit local, perpétuent la tradition en l’accordant aux fameuses chaussettes à 5 doigts du Japon.

Mastubara valorise le sugi et le paulownia autour du concept traditionnel des boîtes. Légères et odorantes, elles peuvent conserver toutes sortes de chose à l’abri de la lumière et des insectes.

Plus industriel, Yamaco utilise le sugi et le hinoki sous forme de panneaux contreplaqués produits localement pour son mobilier de magasin et de restaurants.

Les innovations sont aussi de la partie dans le domaine du bois, la forêt étant la principale ressource naturelle renouvelable du pays. Les NCF ou les fibres de nanocelluloses comme les microfibrilles de celluloses sont autant de champs de recherches explorés par les grands groupes japonais. Ils visent des applications diverses comme additifs chimiques ou alimentaires (stabilisation de crème glacée) ou dans les nouveaux matériaux (écrans ultra-fins, remplacement du kevlar…).

 

Le retour aux sources ou de la ville à la campagne

j-turn i-turn u-turn Japon

Bien que je compte vous donner des nouvelles de mon fameux potager, j’avais promis un article sur le U-Turn, J-Turn et I-Turn au Japon. Non ce ne sont pas des termes de la circulation routière avec un mauvais anglicisme.

Alors quoi, cela ne vous parle pas ? La désertification rurale n’est pas un fait nouveau ici, les campagnes se vident depuis déjà une vingtaine d’années voir plus. Enfin c’est à cette époque que le problème a pris de l’ampleur – avec moins enfant et les premières maternelles fermées.
Pour mettre cela en perspective il suffit de se pencher sur la grande préfecture au Nord, celle d’Akita. C’est LA préfecture qui perd le plus d’habitants par an. Si le taux de rétention sur le territoire des diplômés du lycée était en 2002 de 73%, il n’est plus que de 63% en 2014, ce qui veut dire qu’un tiers de jeunes s’en vont (doc ici) ! Si on ajoute la faible natalité, par exemple chez nous 31 naissances en 2015 pour notre village de 5-7000 habitants – multiples raisons, mais je pencherais pour une cause sociétale avant même la pollution chimique -, il faudrait un mouvement massif de retour pour combler le déficit. A titre de comparaisons le taux de natalité pour 1000 habitants en France est d’environ 11-12 par mois en 2015 selon l’INSEE.

La préfecture de Tottori (pays de Tottoro ?) constate que sur 2400 diplômés des universités locales, seuls 676 d’entre eux restent dans la préfecture (chiffres 2014). Enfin 30% des diplômés dans d’autres préfectures mais originaires de Tottori reviennent… Ce n’est donc pas rien.

Un mouvement ancien …

Il suffit de creuser le web anglo ou jap’ pour dénicher quelques informations intéressantes dont certaines datent des années 70. Ainsi en 1996 Trends in Japan notait le succès de l’exposition consacrée aux offres d’emploi dans les zones rurales, reculées ou îliennes. Ce « boom » coïncidait avec la fin de la bulle immobilière qui fit douter des milliers de japonais quand à leurs perspectives d’avenir – jusque là tout tracé et leur relation avec la nature comme le note également le Chicago Tribune en 1992. L’appel d’Okinawa et des îles, le retour au vrai Japon rythmé par les saisons … ainsi naquit le I-Turn : on ne revient pas dans sa campagne d’origine comme avec le U-Turn, mais on déménage définitivement vers une autre vie.

Les appels du pied récents que je vois dans ma préfecture montagnarde ne sont donc pas nouveaux mais ce sont intensifiés. La dénatalité a en effet amplifié le phénomène d’exode rural.

Certes les municipalités ont mis sur pied des politiques incitatives, avec le remboursement des frais d’accouchement. Mais force est de constater que cela fut tardif, un sprint contre la montre lorsqu’on voit l’accélération de la dépopulation : – 217 000 en 2014, – 290 000 en 2016.

Et les enfants coûtent chers : la maternelle est payante, les vaccins n’étaient pas tous remboursés … De plus, vu l’explosion des personnes âgées, la politique sociale, ainsi que l’offre de service se sont, logiquement, développés en leur faveur. Fermeture de maternelles, puis d’écoles, puis de cinémas, disparition d’activités extra scolaires alors que dans un même temps se sont multipliés les day service (sorte de maternelle pour vieux) ou les maisons de retraite (3-4 au village, contre 1 école maternelle et un collège qui devrait fermer). Tous les soins sont gratuits pour les seniors.

Donc que faire pour repeupler les campagnes : essayer de relancer les retours au bercail ou faire venir des gens en manque de verdure ? Vous l’aurez compris, les collectivités se sont appuyés sur la politique de retour qui consistent à :

  • développement de politiques dites de « machi okoshi » ou réveil des villes : tentative de dynamiser l’activité locale, que cela soit économique ou touristique avec l’aide de généreuses subventions
  • emplois et autres facilités sponsorisés par l’Etat, la préfecture ou la municipalité : les personnes hors de la commune peuvent bénéficier d’un soutien dans leur recherche de maison, voir même de bénéficier d’avantages pécuniaires ou fiscaux, les jeunes actifs peuvent postuler pour des emplois à durée déterminée (contrat de 2-3 ans) qui s’engagent à occuper avec des conditions avantageuses … En fait on se demande pourquoi ils ne proposent pas cela aux locaux pour ne pas qu’ils partent…
  • arrosage massif en subventions pour les entreprises rurales et autres activités, que je qualifierais de « sauvegarde du tissu social local ».

Cette générosité contraste avec le manque de perspectives locales et aux contradictions rurales : ainsi il y a pratiquement 2 offres d’emploi pour un demandeur d’emploi dans la préfecture de Gifu en 2016 (stats que ne comprennent que les offrent officielles via Hallo Work). Ce qui entraîne des difficultés de recrutement pour beaucoup d’entreprises à la force de travail vieillissante (beaucoup sont dans les 40-50 ans de moyenne), sachant que nombreuses sont celles qui se vantent de leur technique (et non pas technologie) ou savoir-faire, qui risquent de disparaître. Dans un même temps, le salaire minimum de la préfecture est de 754 Yens contre 800 à Aichi (Nagoya), la grande préfecture voisine. Il n’est pas rare que l’on vous propose un job à 800 – 850 Yens de l’heure. Si vous devez prendre la voiture, payer votre loyer ou votre prêt…et les enfants, sûr qu’il vous faudra faire des heures !

Or les personnes ciblées par les politiques de U-Turn et autres, ont généralement des revenus plus haut que la moyenne de la préfecture de destination, occupent des emplois souvent supérieurs ou avec qualifications, avec de bonnes conditions de travail (vacances par exemple, contre ici dans ma campagne des jobs avec 87 jours de congés par an – jours de repos et jours fériés en fait)… D’ailleurs, il se pourrait qu’un développement du secteur touristique puissent contribuer à ses retours comme le suggère ce rapport en page 38.

mais loin d’être massif

Bref est-ce que cela est efficace ou suffisant ?

Globalement non soyons honnête, avec 1/4 de la population dans les seniors en 2014 et 27% en 2016, c’est compliqué. Ce n’est pas quelques milliers qu’il faut faire revenir, mais des millions à l’échelle du pays. Si cette volonté d’attirer les jeunes ou les familles a le mérite d’exister, on a vu déjà que les cibles visées n’étaient pas forcément en adéquation avec la réalité locale. Et c’est on ne peut plus vrai avec la préfecture de Gifu qui se bat pour ne pas voir sa population chuter. (stats sur la dépopulation graph 3 : dans la voiture balais ) avec son programme d’appui au retour.

Les exemples d’échecs ou de désillusions autour de moi existent :

  • Le village de Shirakawa près de  chez moi a mis en place une panoplie d’avantages pour attirer les familles mais les familles ne restent pas car il n’y a pas d’emploi et plus d’école après le primaire (1h30 de bus). Selon les simulations de 2015 faites par le conseil municipal, la population du village (10000 hab.) devrait être diminué par 2 en 10 ans.
  • Le jeune publicitaire qui rentre dans l’entreprise montée de toute pièce pour absorber les subventions et s’occuper du « machi okoshi » puis la quitte après avoir mené un projet de guesthouse au bout d’un an, à cause des têtes dures locales (divergences de point de vue, de génération …).
  • Le jeune couple avec enfant qui revient dans la maison familiale et tente de lancer une petite production agricole mais, devant le manque d’aides pour ce genre d’initiatives hors sentiers balisés, doit faire ses bagages pour pouvoir manger.
  • Le jeune couple, lui marketing et elle banquière, qui se retrouvent sans opportunité de carrière
  • La dame célibataire du Kansaï qui espère toujours trouver l’âme soeur mais se rend compte « qu’il n’y a vraiment personne ici » (sic)
  • « Dream Core » un genre d’incubateur pour entreprise IT dans Gifu note dans un rapport au METI (page 5) que nombreux sont ceux qui quittent Dream Core et la préfecture faute de travail, même si l’environnement est plus agréable.

Sans parler bien entendu des O-Turn, des U/I/A/J qui sont revenus à leur vie de citadin. Car la campagne, que cela soit en France ou ailleurs, reste le campagne, avec cette difficulté de s’adapter ou de s’intégrer. La vie à la campagne au Japon réclame par exemple des impératifs communs : donner un samedi de temps en temps pour débroussailler l’école, s’occuper des enfants du quartier pendant les vacances scolaires, venir plutôt au club d’athlétisme pour passer le râteau plat sur la piste, faire le pèlerinage jusqu’au temple dans la montagne qui protège le quartier, etc.

Le mouvement peut être rude lorsque le citadin, anonyme dans sa grande ville, doit faire face à cette vie en communauté. Qui dit communauté dit « qu’en dira-t-on », rumeurs & ragots … de quoi bien finir notre valeureux citadins, remplis d’idée « oshare », flanqué de son pantalon ample en toile, de sa barbichette, des ses lunettes rondes et de ses babouches. Ainsi le plus bas « taux de fixation » est à mettre sur le compte des I Turns.
Il apparaît que pour 35% femmes I Turn (chiffres 2010-2013) le retour au travail de la terre (66% des I Turns) entraîne un problème de comptabilité entre les travaux agricoles, les travaux ménagers et l’éducation des enfants. Mais c’est aussi pour beaucoup les « choses à faire » et la perte du temps pour soi (23,8%). Le Japon serait-il un pays d’égoïstes ou d’individualisme ? En tout cas, pour le vivre, les pensées à la campagne sont en retard : ce n’est pas pour rien que 5.4% des femmes se plaignent de préjugés (discriminations ?) envers elles ou que 5,5% se plaignent des problèmes de communication avec les locaux.

La préfecture de Tottori constate que parmi les U Turn qu’ 1/4 ont quitté la préfecture à la sortie des études supérieures car « aucun emploi qui ne correspondait à ce que je voulais faire » et 1 autre 1/4 car « aucune entreprise qui ne correspondait à mes savoirs, compétences et capacités ». Derrière l’analyse poursuit en appelant à aider à la création d’entreprises pour les étudiants au sein de la préfecture.

Il en reste que même si les succès sont à souligner, ce sont les échecs qui permettent de tirer les enseignements.

riz japon gifu
Revenir au bercail et travailler la terre ?

malgré un succès important ?

Si le mouvement et le refus de prendre le risque semblent miner ces initiatives, parfois déconcertés (gros problème de coordination ici), il arrive bien souvent que ces programmes fonctionnent comme l’école du bois à Takayama (page 6) avec 58 % de personnes originaires de l’extérieur de la préfecture, 48% de 25-39 ans, 60% de diplômés qui bossent là où ils sont originaires.

C’est vrai que ces régions rurales ont du charme et des avantages comme le liste ce site.

Les contrats aidés sur 3 ans finissent bien entendu de meilleure manière que ces exemples ici dans Shimane ou Saga : les jeunes diplômés de l’université demandés par les municipalités se retrouvent dans des emplois complètement différents de l’annonce (couper l’herbe, faire le taxi, participer aux travaux des champs…), voir en totale dissonance avec les villageois.

D’autres initiatives privées, comme My Farm, visent à remettre des agriculteurs dans les campagnes.

La préfecture d’Akita a rempli et dépassé ses objectifs fixés (voir le doc dans l’intro) pour attirer par an environ 1000 personnes. Derrière ce succès se cachent une mobilisation à travers une présence sur Tokyo (un bureau A-Turn Plaza) et une utilisation efficace des réseaux sociaux comme Facebook.

Conclusion : pourquoi dépenser plus d’énergie pour les faire revenir que pour les faire rester ?

Quand on regarde les chiffres, on peut que constater que les départs ne sont pas compensés par les retours ou les I-Turns. La plupart des municipalités s’engagent fortement sur des programmes pour faire venir ou revenir les jeunes mais très peu de choses sont faites pour les faire rester. Des aides sont par exemples données à ceux qui souhaitent s’installer au village, mais nous, lorsque nous sommes revenus, nous n’y avons pas eu accès au motif que mon épouse était du village et qu’elle avait toujours été enregistrée ici…

Au niveau local le MAFF (Ministère de l’Agriculture, de la Pêche et des Forêts) constate que la plupart des NPO ou organisations d’aide à la vie locale ont pour objet la prise en charge des anciens (ex. les « Day Service » 高齢福祉) et l’aide à la vie de tous les jours (subvention par exemple aux personnes âgées isolées ou femmes seules etc. 生活支援の)(voir page 14). Loin des préoccupations des jeunes qu’ils essaient d’attirer ou de ceux qui voudraient rester (très peu pour la petite enfance 保育).

Il ne faut pas également occulter les raisons financières : nombre de ceux qui reviennent, pensant le coût de la vie bien plus bas qu’à Tokyo se retrouvent à réduire leur niveau de vie ou à devoir travailler plus pour gagner pareil – bien loin du rêve du « nonbiri » ou insouciance. Tout un travail reste à faire :

  • aux niveaux des entreprises locales pour proposer de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires
  • aux niveaux des municipalités pour des aides concrètes et des dispositifs efficaces : la plupart de ceux existants ne sont que du soupoudrage sans réel impact comme la prise en charge gratuite des consultations médicales pour les enfants ou de l’allocation pour les familles avec enfants (100 € environ par enfant). Une réduction ou exemption des impôts locaux seraient bien plus attrayantes…

Le chemin reste encore long pour contrer la désertification rampante du vrai Japon.

Une saison de butternuts

couverture du sol avec des restes de tatamis, tonte, balle de riz... le top !

L’été touche à sa fin – nous sommes toujours dans l’hémisphère nord, la piscine est désertée par les petits. Il faut dire que les températures ici chutent la nuit, pas idéal pour garder l’eau chaude, surtout qu’il flotte pas mal. Bref pour la première fois depuis des mois j’ai eu froid la nuit et j’ai du fermer la fenêtre.

Dans le jardin, c’est le chant du signe des tomates, courgettes et autres légumes d’été. Je vais quand même tenter de sauver mon plant de poivrons d’Ampuis en le mettant en pot et dans la maison…

Mais Septembre reste la saison des récoltes ! Da récolte du riz pour le saké a débuté fin Août et devrait se poursuivre encore 1 à 2 semaines, puis ce sera au tour du riz pour la cuisine. Le fameux « shinmai » 新米 ou riz nouveau couru par les amoureux du riz. Attention, il ne convient pas aux sushis, on lui préférera le « komai » 古米 ou vieux riz, moins humide et plus adapté pour absorber l’assaisonnement.




Dans le potager, mes plants de butternuts s’en sont donnés à cœur joie malgré le Aulacophora indica ou scarabée de feuille de courge et/ou son compère Aulacophora femoralis « urihamushi » ウリハムシ scarabée des cucurbitacées qui auront participé activement à l’anéantissement des melons, courges, courgettes…

Aulacophora indica scarabée des courges
Aulacophora indica scarabée des courges : il vole mal mais aucun oiseau ne semble l’apprécier….

Je vais généraliser la couverture du sol avec les restes d’herbes, vu qu’ici ils sont passionnés ou plutôt obsédés par couper les mauvaises herbes – pour ensuite les brûler. Cela me garde la terre super aérée, une bonne faune et flore (champignons) dans le sol, un engrais naturel et pas besoin d’arroser en plus (juste au départ, avec un mélange eau/urine à 10-20%). Par contre je n’utiliserai plus de purin de porc (j’en ai pas mis beaucoup mais bon) dans ce cas de figure.

couverture du sol avec des restes de tatamis, tonte, balle de riz... le top !
Couverture du sol avec des restes de tatamis, tonte, balle de riz… le top !

Autour de chez moi

Gifu Akechi Testudo

L’article sur les U-Turn et co. est toujours en préparation. J’essaie de documenter au mieux, mais le temps me manque. Surtout pendant les vacances avec les petits et la chaleur ! Août est assez pluvieux cette année, bien que nous soyons assez éparagnés par les typhons.

Voici quelques coins autour de chez moi, auprès des montagnes. Attention pas mal de photos, ça peut charger un peu…

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Nakanohô ou le son des dernières cordes de l’archipel

ena gakki violon suzuki mandoline japon campagne

中野方 Nakanohô porte bien son nom. Dans la même commune, et pourtant si loin. Je crois que là-bas, c’est vraiment le Milieu du Japon  !

Partout la forêt, l’eau et quelques rizières. Dans ce décor forestier se love la dernière fabrique du Japon de

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