Travailler dans une PME japonaise : top départ

Embauché, plein d’étoiles dans les yeux et d’espoir de conquérir le monde avec eux, je me rends donc joyeux comme un pinson à mon premier jour. En fait, j’ai même eu le droit à une pré-rentrée, mini formation de 45 min sur l’hygiène dans l’usine agroalimentaire. Le responsable d’usine est très sec, genre petit chef, direct je me le sens pas. 3 mois ça va être long… Heureusement je commence après le pique saisonnier, période plus calme.

Day 1 …jusqu’au End Day : trop grand trop lent

Revêtu de ma charlotte et de mon attirail, je m’engouffre dans la soufflerie, je me lave les mains et hop c’est parti. Mes longs doigts mal habiles, ma taille supérieure aux autres s’avèrent handicapant dans cet espace exigu avec des postes de production qui me fracassent le dos, bien trop bas. La production essentiellement manuelle est aussi problématique pour moi, car je suis beaucoup trop lent. Je récupère donc la plupart des tâches qui nécessitent de bouger des charges, de transporter des trucs de A à B, de déballer ça, de laver ci …

La sécurité est pour le client

Direct ce qui me frappe le sol méga glissant – qui s’avérera dangereux pour certains. Pas de botte de sécurité, mais des bottes de « pêcheur » alors que l’on fait beaucoup de manutention…

Je me demande comment ils arrivent à ne pas avoir de problème, mais j’apprends rapidement que la plupart des employés en production ne sont pas des « salarymen » et que de toute façon le turnover est assez important.

Les points chauds sont crades, ça pue le gras. On m’explique qu’ils sont lavés une fois par an, et bien sûr j’ai du m’en charger avec un produit puissant qui me brûlait la peau, les yeux et les poumons. Je sais pas ce que c’était mais c’était puissant, le gras se dissolvait comme par magie.

J’ai lavé aussi les murs et le plafond juché sur un échelle avec du savon à la main. Puis sur un trans-palette à 4 m de haut, avec mes propres habits, pour nettoyer les sorties d’air des hottes d’aspiration. Avec le recul c’est cocasse…

Si moi j’obéis, le client est roi.

En tout cas je prie pour qu’il ne soit pas malade !

Je n’avais jamais travaillé avec des produits surgelés, mais par exemple, les pâtes à pizzas sont décongelées pour être garnies, puis recongelées avant conditionnement.  Peut-on faire cela en Europe ? Il me semble que non mais je ne suis pas sûr.

En tout cas c’est aussi pour cette raison, en plus de l’origine des ingrédients, que certains produits alimentaires japonais ne sont pas toujours faciles à trouver chez nous.

Une bonne entrée en matière

Le travail en lui même n’est vraiment pas super, l’usine n’étant pas mon truc. Mais il m’a permis de voir les choses telles qu’elles sont réellement. Je l’avais pourtant visité cette usine, elle ne m’avait pas semblé si terrible. Mais une fois dedans, on se rend compte des conditions de travail, de comment fonctionne le cœur de l’entreprise et du pourquoi des difficultés à trouver des recrues. Et là, les objectifs que je voulais atteindre avec eux me semblent bien plus compliqués.

Oui les japonais sont sérieux, appliqués, attentifs aux détails, mais une usine comme ça ne serait pas viable en France ou en EU.

Comme je le dis mes collègues n’ont pas que des défauts. Au contraire ! Le gros avantage de travailler en dehors d’une grosse ville c’est qu’en général les gens comprennent que l’entreprise ce n’est pas tout : s’occuper du potager, couper du bois, amener la grand-mère au docteur, s’occuper des enfants ou partir plus tôt pour les récupérer … ce sont des choses pour lesquels il est possible de se débrouiller sans problème.

Récupérer un jour ? On peut s’arranger. Eviter les heures sup’ ? Pareil, je leur offre la garantie que le boulot soit fini en temps et en heure – s’il faut je finis chez moi. C’est assez rare au Japon pour être souligné, l’entreprise de part l’absence de contrat m’offre une certaine flexibilité.

Autre chose plutôt positive pour le moment, la réunionite n’a pas encore sclérosée l’entreprise. Même si on reste au Japon, c’est à dire qu’il faut discuter avec pleins de collègues, par forcément impliqués, du prochain projet, puis que le boss valide la proposition validée par le manager, on a la chance d’avoir une prise de décision assez rapide.

Dans une grande entreprise japonaise, et en plus dans une grande ville,  c’est très différent. Enfin bien que certains points soient similaires entre PME et grande boîte – c’est le Japon -, cet article est très parlant sur ce qu’est le travail dans un conglomérat japonais quand on est étranger. Il ne faut pas généraliser mais pour connaître le Japon depuis 10 ans (3 ans de résidence), c’est quand même très juste.

Et après ?

Le lien vers l’article ci-dessus n’est pas anodin. Un peu plus loin dans ce grand pamphlet, l’auteur aborde les startups et donc la question de l’entrepreneuriat. C’est quelque chose qui me botte sérieusement.

Comme le note l’article, l’entrepreneuriat au Japon n’est pas valorisé. L’échec est banni, un peu comme en France, même si cela change. L’accès au capital est également un autre problème, bien que de nombreuses subventions aient vu le jour avec le gouvernement d’Abe. Tout cela fait que le Japon est en  retard dans certains domaines comme l’informatique ou les biotechs car les candidats sont rares et les investisseurs frileux malgré l’abondance d’argent créé. Si vous me demandez où va l’argent, je vous répondrais là où les risques sont faibles : panneaux solaires avec rachat de l’électricité garanti par l’Etat, grosses entreprises ou projets en lien avec des grandes universités ou entreprises.

Des changements ont été opérés en 2006 afin de facilite la création d’entreprise. Le plus notable de ceux-ci permet de créer une kabushiki kaisha (entreprise par actions, un peu équivalent à une SA) avec 1 Yen de capital – comptez 2 à 3000 euros de frais.

Entreprendre au Japon en tant qu’étranger n’est pas facile mais n’est pas impossible. Quelques français ont réussi à faire leur trou, cela me rassure quand à la faisabilité. C’est sûr que mon travail de salarié va en pâtir, mais en même temps je n’attends rien de spécial de ce côté.

Quoiqu’il en soit j’ai mon entreprise déjà sur pied, associé avec belle maman et ma femme.

Je pense revenir sur ce sujet plus tard

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