Travailler dans une PME japonaise : l’embauche

Mes expériences en France m’ont conduit à m’occuper d’une TPE, à être « consultant » dans des grandes entreprises, à bosser seul et même à écrire une publication dans un domaine que je ne connaissais pas.

Pas d’expérience réelle en PME – c’est pourtant pas faute d’avoir cherché du boulot dans ce genre d’entreprises. De retour au Japon, dans sa plus jolie des campagnes, c’est pourtant dans cette typologie d’entreprise que je me retrouve employé.

Trouver un poste dans une entreprise japonaise

Bien que j’aspirasse (note: subjonctif et pan !) à travailler pour moi-même, le 3ème dans boîte à gant il a m’a fallu me résoudre à trouver un travail – et non un revenu mais c’est une autre histoire de concepts.

Passant par le Pôle Emploi japonais, le bien nommé Bonjour Travail (Hello Work) pour l’inscription obligatoire – sinon pas possible de répondre aux offres -, je me mis en recherches. Après quelques candidatures ciblées sur mes compétences et ce que je souhaitais faire, je dégotais très rapidement des entretiens malgré mon japonais « non officiel » – je n’ai pas le JPLT2 ou nikyu, ni aucun diplôme attestant de mon niveau de japonais.

En tant qu’étranger à la campagne vous bénéficiez d’une trip effet « boost » ! (j’étais parti sur kisscool mais y a que le double effet, pas suffisant)

  • vous êtes étranger
  • vous êtes dans la campagne
  • vous faites forcément pitié « mais qu’est ce que vous fabriquez avec vos diplômes, parlant anglais et japonais, au milieu de ce trou ? »
  • vous baragouinez le japonais + les japonais fuient la campagne + y a que des vieux + pas beaucoup d’étranger : effet levier que j’appellerais « The Magic Atlas » – seuls les vrais comprendront.

Quand on est francophone, c’est parfois difficile de faire un boulot de type « eikaiwa », ALT voir JET. Perso, mon niveau d’anglais est pas mal, mais mon accent à chier. Mon japonais n’est pas terrible, mais au moins j’ai l’accent d’Iwate – selon un japonais, non alcoolisé je précise.

Passer ses entretiens

Si vous postulez pour un boulot de type commercial au Japon, votre japonais a intérêt à être presque nickel ou alors vous devez être dans un domaine technique.

Sinon cela reste jouable tant que vous présentez bien et que vous préparez les entretiens. Soyez clair, ne dite pas oui à tout – surtout si il y a un contrat, après vous serez coincé. Les japonais ne semblent pas négocier à l’embauche, mais vous pouvez (s’ils ont besoin de monde ils vont vous écouter, enfin pas tous).

Bref, j’ai 2 avis positifs après 3 entretiens. Au premier OK je précise que je ne suis pas géomètre et qu’en fait après avoir vu comment ils bossaient (des livres remplis de références de tubes de différentes sections à retenir – pas de base de données ?), j’ai préféré lui dire « peut-être que cela ne va pas me plaire ».

Coup de bol sa nièce est mariée avec un français – un truc comme ça – et hop il me dit « t’inquiètes pas je vais te présenter à des patrons que je connais ».

Sur son conseil, je rencontre les patrons d’une boîte d’agro qui m’ont l’air dynamiques, ouverts, voulant s’étendre hors du Japon et disposés à bouger de l’avant – bref pas la même inertie habituelle. Je propose sur quoi je pourrais intervenir (IT, développement international …), la partie internationale les attire mais je n’aurais pas du boulot là-dedans dans l’immédiat. Pas de souci, j’attendrais quelque mois et voilà banco, salaire pas trop dégueulasse – en gros 2000 euros net, je négocie 3 mois d’usine au lieu de 6 mois, je précise bien que le contenu du travail est plus important que le salaire et que les « zangyou » c’est pas mon truc (en gros j’évite). Bon pas de contrat de travail, mais c’est le Japon. Et le salaire n’est pas mirobolant – je suis loin des 8000 € de mon collègue à Tokyo, bonus compris. Une belle arnaque mais cela marche comme ça pour le moment ici. Je t’en mettrais des 5 ans d’études…

Sur ce, je refuse l’offre généreuse du second avis positif à 90000 Yens par mois (850 euros) + heures sup’ à gogo (normal vu le salaire), à peine 100 jours de congé par an (d’ailleurs l’offre est toujours dispo) et prends la peine d’apporter une bouteille de saké. Dommage sa technologie avait l’air super intéressante, mais humainement je pense que cela n’allait pas passer.

Je paie bien entendu une bouteille à mon bienfaiteur et m’en cours fêter comme il se doit cette embauche.

2 mois pour trouver du travail en pleine campagne japonaise. En 6 mois je n’avais rien trouvé en France (pour un salaire légèrement supérieur mais pas non plus mirobolant).

Un instant de fierté

Et là vous pouvez bomber le torse :

Japonais lambda : « Vous êtes {de quel origine | américain} ? »
Moi : « Français mais pas de Paris. » (note : la nuance permet d’éviter de parler de Paris et de la Tour Eiffel du voyage de noces, par contre vous aurez droit au Mont Saint Michel dans 80% des cas)
Japonais lambda : « Ha ! le Mont St Michel ! » (et voilà).
Moi : « Hélas, {je n’y suis jamais allé | je ne connais pas | il a été rasé il n’y a pas longtemps}. »
Japonais lambda : « Vous êtes en vacances ? » (note : pas systématique, dépend où l’on se rencontre)
Moi : « Non j’habite au Japon. »
Japonais lambda : « Ha ! Vous êtes professeur ! »
Et là c’est à vous de briller !
Moi :  » Non je travaille comme {esclave | salaryman | ouvrier dans une usine qui ne pourrait pas rester ouverte en France tellement c’est dangereux | agriculteur}. (note : ce qui sépare le salaryman de l’esclave peut être parfois des subtilités, on retiendra les heures sup’ non payées)
Japonais lambda : 
les yeux qui brillent « Sugoi ! »

Mon ami et co-villageois outre Manche est agriculteur et franchement, ça claque à chaque fois qu’il se présente. Comme si ce métier avait été oublié, méprisé et hop, il le fait revivre devant eux.

Si vous êtes du genre « j’ai besoin de temps pour vivre », ALT peut être une bonne option si vous savez parler anglais à la perfection (aussi bien qu’un philippin).

Bref après ces péripéties il est temps d’aller travailler : suite dans le prochain post !

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