namako kabe murs japonais

Les toits et murs japonais

Lorsque l’on se ballade dans le village on aperçoit plusieurs éléments différents de notre architecture européenne. L’utilisation massive du bois et notamment du bois noirci au feu, en général des planches de sugi (焼杉板, est ce qui frappe en premier. Cette noirceur particulière, loin d’être désagréable, permet de protéger le bois contre les éléments et les insectes. Aucune maintenance particulière n’est exigée, si ce n’est le remplacement des planches abîmées pour éviter que l’eau ne rentre en contact avec le tsuchi-kabe ou mur en terre sur un support de bambou tressé.

L’omniprésence du bois… sauf au kura

Le kura ou grenier d’entreposage du riz, est un élément important de l’architecture japonaise rurale. Il accompagne quasi systématiquement les fermes, mais on le retrouve aussi à côté des maisons des marchands comme dans mon village. Plus il y en a, plus la maisonnée était fortunée (importance des denrées à stocker).

A la différence de la maison, le kura est en général un édifice maçonné, sur une charpente en bois. Traditionnellement les murs et les portes sont extrêmement épais, 50 cm voir plus afin de garantir une température constante.

Le fait d’être plus constitué de terre avec un revêtement de type mortier ou plâtre, permet un résistance accrue au feu, très utile pour les greniers. Dans les zones proches de la mer, un revêtement particulier et très esthétique a vu le jour, les namako kabe (なまこ壁). Namako fait ici référence au concombre de mer : les joints épais et débordants évoquent la forme de cet animal pour les japonais. Ces murs aux joints saillants sont pensés pour protéger le mur de l’eau grâce aussi aux tuiles à l’intérieur.

Si à l’origine on retrouve cette technique au bord de la mer, on la retrouve même ici au pied des Alpes – du fait du passage de plusieurs ruisseaux dans le village susceptibles de déborder.

namako kabe murs japonais
rue du village, l’arrière d’une demeure et de kuras de marchands qui datent de l’époque Edo. Mur Namako Kabe à gauche.

Le design n’est pas forcément en losange (shihanbari 四半貼り), on peut le retrouver en carré (umanori meji 馬乗り目地) comme sur cette photo d’un ouvrage d’Okayama.

Kurashiki Koukokan Namako Okayama kabe mur japonais

Il ne reste pratiquement plus aucun artisan capable de faire cela de nos jours. Les nouvelles réalisations de namako kabe pour réaliser une décoration japonaise comme pour ce restaurant sont désormais réalisées avec des kits.

decoration japonaise namako kabe

Mais le toit réserve aussi des surprise !

Le toit pour protéger des éléments et des esprits

Les toits de chaume et de bambou ou en bois (lesté avec des pierres) ont petit à petit – il n’en reste plus qu’un au village – ont été soit recouverts d’un autre matériau (souvent une sorte de zingage)ou soit ont cédé la place au toit en tuile. La forme des toits est cependant assez variée, évoluant selon les modes, régions, classes sociales et réglementation imposée par le shogunat comme dans le cas des irimoya.

Les tuiles japonaises traditionnelles, kawara, sont particulières, et assez différentes de ce que l’on trouve en France. Les tuiles traditionnelles sont bien plus lourdes que les tuiles modernes, d’où les charpentes et les allures massives des vieilles maisons nippones.
Le toits sont très larges afin de protéger la maison du soleil l’été, de la pluie et de la neige dans certaines région (pente plus pentue).

Les temples, certaines maisons, ont aussi leur toit garni d’une curieuse gargouille, l’onigawara.

toit japon onigawara
Onigawara sur les bords d’un toit

A l’origine ces décorations étaient également utilitaires (colmater les fuites) mais servaient déjà de talisman (pour ne pas que la fuite revienne). Par la suite l’aspect esthétique et l’effet talisman fit qu’un oni orné chaque maison. Sorte de démon ou d’ogre, il est sensé repousser le mauvais œil et les mauvais esprits de la maison.

Réalisé à la main par un artisan, chaque onigawara est unique. Si de nos jours, il se fait rare sur les toits, on peut le retrouver dans les décorations intérieures japonaises soit dans la doma (entrée traditionnelle en terre battue) ou soit à l’entrée des maisons, sous la forme d’un objet de décoration.

 

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