gastro japonaise

Conflit générationnel

Cette semaine « clash » avec le bucho – mon manager avec qui je peux converser à peu près de façon non censurée. Pour le contexte, j’ai été absent une semaine pour gastro. Bossant dans l’agro, il m’a été fortement suggéré d’attendre 1 semaine avant de revenir, lors de la formation sur l’hygiène à l’entrée. N’ayant plus de congés en bon français, il faut savoir que c’est à cela que servent les congés. Pas de bol : avec des enfants en bas âge, il faut s’attendre à son lot de norovirus, retrovirus (un truc comme ça) et gastro.

Une épouse zélée

La compensation des jours manqués pour maladie n’est pas obligatoire : une entreprise peut décider de vous verser un petit quelque chose, soustraire à une assurance ou rien vous filer. Parce qu’ici, être malade c’est de votre faute. Donc je savais que j’allais perdre une semaine de salaire pour épargner à mon entreprise et à mes collègues de perdre des sous…

Mais quelque chose me chiffonne, car l’entreprise nous a dit « si vous enfants sont malades vous devez aussi rester chez vous 1 semaine minimum ». Donc OK mais j’en touche 2 mots à mon épouse qui me dit que normalement je devrais être payé si une telle avanie m’arrivée – et éviter de me faire entuber moi le petit étranger crédule. D’après la loi japonaise en la matière – souvent évasive – c’est 60% du salaire si l’entreprise demande au salarié de ne pas venir travailler.

Le coup de téléphone fatal

Elle me dit qu’elle va demander au Bureau du Travail – sans citer l’entreprise il en va de soi. Ce que je ne savais pas, c’est qu’elle avait prévu d’appeler le Responsable Administratif (compta, HR, etc.), ce qui en soit ne me gêne pas. LA PANIQUE mes amis !

Fin de journée, mon manager et le responsable veulent me parler, et hop direct ils enchaînent :

« tu savais que tu n’avais plus de congés » … bref on me fait comprendre que c’est de ma faute et que surtout il ne faut pas appeler le Bureau du Travail.

Tranquillement je réponds que mon épouse ne parlait pas de cette fois là personnelle, mais de comment cela se passerait si les enfants étaient malades ? Bref j’en rigole en partant après avoir vu leur tronche déconfite et surtout leur tentative de m’amener sur un autre sujet – alors que toute la conversation à la base était différente.

Le coup de grâce

Enchaînement le soir, j’en touche 2 mots à ma miss qui me dit « ils ont rien compris ». Coup de fil de sa part à mon manager :

« actuellement on ne sait pas comment ça se passe il faut décider » : bref c’est la « greyzone » et elle explique – pour avoir travaillé avec des étrangers au Japon et des japonais pas forcément « moutons » – que cela peut être mal-venus pour l’entreprise pour la suite vu qu’ils ont du mal à recruter (recours à des étrangers ou essayer de faire venir des jeunes).

Retour au boulot, le manager me convoque. Je le sens énervé – et je comprends surtout qu’il est encore sur l’idée « il se plaint car il a pas eu ses sous » « si t’es pas content des conditions tu peux arrêter » « tu n’avais pas qu’à être malade »: je le reprends en disant que les conditions ici ne sont pas trop mal mais qu’il faut éclaircir ces zones d’ombre. C’est tout ce que ma chérie voulait dire.

Ça va que je suis honnête mais j’aurais pu venir au boulot – « tu veux payer s’il y a un problème ? »  et je lui explique que ceux qui ont des enfants et qui sont parents isolés, soit une majorité de femmes de l’usine, elles ne peuvent pas se permettre de rester à la maison.

« mais au Japon les jours de congés c’est pour ça ! »

Désolé mais pas pour moi.

Je lui explique en France comment ça se passe, et que si une entreprise, qui peine à recruter, ne modifie pas un temps soit peu ses conditions de travail, sans toucher même au salaire on est bien d’accord, alors même que des grosses boîtes comme Tokyo Mitsubishi, Sony, Uniqlo etc. ont déjà pris des mesures, ce sera encore plus compliqué pour la suite.

Bon un peu calmé – « je me suis pas mis en colère » = gros casque – il reconnait que ça va changer sûrement, qu’on est encore dans l’esprit « reconstruction d’après guerre » et que pour lui c’est pas évident à appréhender – 30 ans comme ça.  Je lui envoie un petit mail pour enfoncer le clou : « A part vous chef, à qui je peux en parler vu que vous aussi venez de l’extérieur ? En tant qu’étranger avec plusieurs expériences, je me suis dit que ce serait pas mal de partager cela. Si je m’en foutais de la boîte je n’aurais rien dit et profiter. Les critiques sans solution ça ne sert à rien » (sous entendu : des solutions à vos problèmes j’en ai si vous voulez en discuter avec bibi »).

Le souci c’est que ce n’est pas prêt de changer vu que les managers sont tous obtus 頭固い (atama katai) et ce n’est pas moi qu’il ait dit, hein I.san !

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