Le Japon en hiver : entre neige et nabe

japon tombe neige

L’hiver au Japon a une saveur particulière. C’est une de mes saisons préférées ici. D’une part parce que contrairement à ma région française d’origine, le temps est sec, le soleil brille. La neige fait aussi son apparition sur les piémonts des Alpes japonaises, mais dans une bien moindre mesure que la côte de la Mer du Japon. Là bas, comme sur la péninsule de Noto, il peut y avoir jusqu’à 2 mètres de neige. D’ailleurs cela fait bizarre de voir des piquets au bord de routes côtières comme dans les hautes vallées alpines savoyardes…

Bref voilà l’hiver qui touche à sa fin, même si aujourd’hui encore nous avons de le neige tombée la veille ! Voyons voir ce qu’il y a de bien l’hiver.

Un temps sec et ensoleillé pour des délices particuliers

Je le redis car c’est important. D’une part, le climat sec hivernal, généralisé dans le Japon, est particulièrement marqué chez nous. Ce qui entraîne :

  •  des feux de forêt : la période sensible est chez nous Février. Mais les feux de maison sont également courant (2-3 cet hiver) du fait des problèmes électriques des chauffages d’appoint (couverture électrique ou tapis entre autre branché sur une multiprise) ou des accidents dus au chauffage d’appoint au fioul ou au bois.
  • la production d’agar-agar ou kanten : ce gélifiant naturel à base d’algues est obtenu après un séchage à l’air libre dans notre région en hiver. Très prisé des gourmets pour la confection de confiseries ou de pâtisseries.
  • le séchage des légumes ou des fruits : les hoshigaki ou kakis séchés sont absolument délicieux ! On sèche également le daikon ou navet blanc, les peaux d’agrumes ou de kaki pour le bain ou le thé…

De plus c’est à cette période de l’année que l’on peut profiter de la ribambelle d’agrumes du Japon : dekopon, yuzu, iyokan, mikan (clémentine), oranges, sudachi ou hassaku (parfum excellent) … Ils viennent, par chez nous, généralement de la préfecture de Mie. Certains sont aussi produits localement comme le yuzu.

dekopon fruit japon
Dekopon, agrume japonais (hybride) orange (les couleurs de ma photo ne son pas terribles) : goût assez doux

Bref c’est aussi la période pour tous les plats qui réchauffent le corps comme le nabe, sorte de fondue japonaise (petit ebook de recettes pour cuisiner japonais en France) ou les oden, dont les différents mets mijotent pendant des heures. On trouve également d’excellents poissons en hiver, bien gouteux, comme l’aji (chinchard) que d’ailleurs j’aime bien le matin avec un bon bol de soupe miso et un bol de riz complet.

Un temps parfait pour un bon bain chaud

Les onsen sont également parfaits en cette saison. Après une petite ballade ou de jardinage – il faut préparer le printemps – c’est le pied de rentrer dans un bain chaud.

A la maison, le bain se pare de senteur de yuzu. Certains non traités et plein de pépins sont vendus pas chers pour être mis dans le bain. Par contre le choc peut être rude quand on en sort, vu que le chauffage est quasi inexistant dans ce pays ! Attention aux cardiaques ! D’ailleurs dans le village une vieille maison qui se visite gratuitement possède un très bel exemplaire de salle de bain traditionnel japonais en bois, situé à l’extérieur du bâtiment principal… frileux s’abstenir !

Profiter de paysages différents

Les Alpes japonaises l’hiver c’est aussi sympa. Pour le ski, la neige est pas mal à Nagano – attention pas de ski de fond. Mais les paysages sont également très jolis et bien différents parés de blanc. Hélas il tombe de moins en moins de neige, et de moins en moins longtemps. Janvier ou Février sont de bons mois pour en profiter.

A la fin de l’hiver, on se réchauffe également dans les rues du village avec le kurabiraki ou « l’ouverture du grenier/entrepôt » : les fabricants de saké ouvrent leur usine pour une beuverie dégustation géante chaque week-end pendant 1 mois (début Février à début Mars). Il faut généralement s’accommoder d’une petite contribution, pour le verre, et vous pouvez y rester toute la journée… Dans notre village, dès la fin du kurabiraki c’est au tour du hina matsuri, la fête des filles, grandes et petites. Le village pendant un mois (entre Mars et Avril) est décoré avec les poupées traditionnelles qui représentent la cours impérial à l’époque Heian. Un défilé avec de la musique traditionnelle et des participants en habits traditionnels parcourent la rue principal du bas du château jusqu’à vers la gare (en bas).

Artisanat & Industrie : le bois de Gifu

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Lové au centre du Japon, la préfecture de Gifu et sa voisine Nagano ont pour paysages les montagnes et la forêt. Cette verdure, que nos visiteurs apprécient, est hélas aujourd’hui à la fois monotone (plantations de sugi ou d’hinoki) et en danger, car sous exploitée. Une forêt pour qu’elle reste intéressante d’un point de vue économique et de subsistance, il faut qu’elle soit entretenue afin de produire ce dont l’homme à besoin. Bref, il faut l’orienter. Or, cela coûte de couper des arbres, de les débarder… surtout dans ces régions au relief escarpé.

Mais il n’empêche que le bois reste au coeur des préoccupations économiques locales, place qu’il acquise depuis fort longtemps.

Un peu d’histoire au cœur du bois

L’agro-foresterie était le système économique dominant jusqu’aux années 70 et l’essor du pétrole. Le sugi (cryptomeria ou cèdre du Japon) et l’hinoki (cyprès du Japon) sont les les principaux bois plantés et servent de bois d’oeuvre pour les maisons japonaises traditionnelles. Le paulownia (kiri) lui est plus utilisé pour les commodes et placards à kimono, le bambou (take) – soit à l’orée des bois, soit en bambouseraies, de plus en plus rares, sert traditionnellement et selon les espèces aux objets de la vie courante (sac à dos, séchoir, chapeau…). La forêt a fourni également du charbon, qui a chauffé les usines Toyota, à quelques kilomètres de chez moi, pendant des décennies. C’était une activité très courante dans les villages aux alentours. Seuls quelques anciens savent encore faire du charbon de bois à l’ancienne.

Le bois de la vallée de Kiso, généralement de l’hinoki est depuis des siècles un bois recherché pour les bains traditionnels japonais en bois ou pour les getas, sandales japonaises. C’est aussi le bois utilisé pour les monuments religieux, les parements en bois de salles de bain traditionnelles, du fait de ses qualités antifongiques et résistance à l’humidité. Il résiste également très bien aux insectes et à la putréfaction.

Le Kiso Nezuko est un hinoki très dur mais léger utilisé spécialement pour les getas, les sandales en bois japonaises.

Le sugi est une essence plus souple, moins dense, facile à travailler avec quasi les mêmes qualités (résistance aux insectes et aux intempéries) il est utilisé pour toutes sortes d’objets (boîtes, mobilier, fûts…) mais aussi en construction légère.

Le sugi et le hinoki ont tous les 2 une odeur particulière que les japonais adorent. Personnellement mon dressing avec ses planches de sugi sent merveilleusement bon et repousse les insectes.

Les essences des forêts ne se bornent pas à ces quelques essences, on y trouve des pins, des sapins, des érables…

Que reste-il aujourd’hui du travail du bois ?

Le charbon est toujours fabriqué, essentiellement à base de bambou pour diverses applications comme la déco en bambou/bois carbonisé ou pour comme désodorisant naturel (il absorbe les odeurs). Il ne reste plus que cette activité, certes marginale pour ce genre de produit.

Le bambou n’est plus réellement utilisé dans les objets de tous les jours, il a peu à peu était remplacé par le plastique dans de nombreuses applications, comme M. Inagaki me l’avait expliqué.

Quand aux matières plus nobles, même si la forêt est difficile à exploiter, elles trouvent toujours des utilisations de prestiges. Si les maisons traditionnelles sont faites avec du bois et des essences japonaises, la plupart des constructeurs, pour des raisons de coûts, travaillent avec du bois d’importation. Le débardage au Japon, du fait des vallées encaissées, pentues et difficiles d’accès, doit être parfois réalisé par hélicoptère. Le coût du bois, bien qu’aux qualités indéniables, est donc renchéri, même si le secteur reçoit beaucoup de subventions. Les constructeurs et artisans du bâtiments se regroupent avec l’impulsion des autorités locales liées à la forêt pour essayer de promouvoir l’habitat fait d’essences japonaises; comme ici à Shirakawa-go.

Si les unit baths ont envahi les maisons et les salles d’eau nippones, le bain en bois hinoki reste une valeur sûre du bien-être japonais. Généralement fabriqués à la main par les artisans japonais, ils évoquent le summum de l’art de vivre japonais. Hinokisoken est à ce titre (et en voisin) un des dignes représentants de cet artisanat du bain japonais en bois, avec une touche design en plus.

Le bois de la vallée du Kiso sert toujours à parer les pieds des japonais et japonaises – les fameuses getas surélevées des maîtres sushi ! Ainsi les Getals , autre produit local, perpétuent la tradition en l’accordant aux fameuses chaussettes à 5 doigts du Japon.

Mastubara valorise le sugi et le paulownia autour du concept traditionnel des boîtes. Légères et odorantes, elles peuvent conserver toutes sortes de chose à l’abri de la lumière et des insectes.

Plus industriel, Yamaco utilise le sugi et le hinoki sous forme de panneaux contreplaqués produits localement pour son mobilier de magasin et de restaurants.

Les innovations sont aussi de la partie dans le domaine du bois, la forêt étant la principale ressource naturelle renouvelable du pays. Les NCF ou les fibres de nanocelluloses comme les microfibrilles de celluloses sont autant de champs de recherches explorés par les grands groupes japonais. Ils visent des applications diverses comme additifs chimiques ou alimentaires (stabilisation de crème glacée) ou dans les nouveaux matériaux (écrans ultra-fins, remplacement du kevlar…).

 

Nakanohô ou le son des dernières cordes de l’archipel

ena gakki violon suzuki mandoline japon campagne

中野方 Nakanohô porte bien son nom. Dans la même commune, et pourtant si loin. Je crois que là-bas, c’est vraiment le Milieu du Japon  !

Partout la forêt, l’eau et quelques rizières. Dans ce décor forestier se love la dernière fabrique du Japon de

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Fans de katana : imaginez la vie sans rien pour couper

La région qui m’accueille recèle de bonnes choses. Mais avant de faire dans le gastronomique, parlons du « monozukuri » ou fabrication de trucs, principale occupation des japonais. Il faut dire que contrairement à nous, ils valorisent les outils manuels qui nécessitent l’intervention de l’homme, plus que celle des machines (même si ils ne sont pas contre 2-3 robots Gundam) .

Seki, la ville la plus tranchante du monde !

Un peu plus vers la « civilisation », entre Nagoya et Gifu-city, se trouve la ville de Seki, capitale des choses à lame ou « hamono » 刃物 : ciseaux, outillages coupant, sabres traditionnels « katana » ou « tanto », couteaux de cuisine (utilisés par les grands chefs) … Bref si vous voulez couper un truc mieux vaut demander à une des nombreuses « boutiques » artisanales ou industrielles qui possèdent un savoir faire inégalé. Gardez votre Laguiole pour le fromage…

forgeron japonais
Un forgeron japonais en habit « shinto » : il enferme par son geste des kamis dans la lame (il n’est pas en pyjama)
hamono matsuri seki festival de forge traditionnelle
Forgeage traditionnel lors du Hamono Matsuri (Festival des coupe-coupes) en Octobre à Seki

Seki c’est aussi le « temple » rugbystique local avec son lycée qui écrase quasi-régulièrement la compétition régionale avant de se faire balayer au niveau national – faute de renouvellement des pratiques d’entrainement ancestrales faites de courses à n’en plus finir. Essayez de leur expliquer qu’aucun marathonien n’a jamais pu faire carrière au rugby.

Bref je m’égare, le sujet n’est pas le ballon ovale mais la lame affûtée qui en son temps servait plus à trancher des têtes qu’à couper du saucisson.

katana made in seki
Exemples de katanas forgés traditionnellement

Et comme je le disais, la campagne commence là où le reste s’arrête : même si le sujet des belles lames – et surtout le katana – réuni toujours des passionnés, pas évident de mobiliser le japonais moyen autour de la sauvegarde du patrimoine immatériel. Et là les gens de Seki (cé-qui) ont réussi leur coup avec cette vidéo bien marrante : imaginez une vie sans objets tranchant !

関市PRムービー「もしものハナシ」

Derrière la campagne de crowdfunding pour restaurer une lame vieille de plusieurs centaines d’années a réuni 300 000 euros, soit 670 % le montant initial demandé ! Coup de maître.