Vu d'en haut de mon quartier : riz prêt à être récolté (OK ce n'est pas de la verdure verte)

Pourquoi la campagne japonaise c’est bien

Je ne connais pas beaucoup de français qui habitent à la campagne au Japon. En fait, mis à part Wakame Tamago près de Himeji, je n’en connais point d’autre. Si vous habitez au Japon et à la campagne, faites moi signe.

Pour les autres qui se demandent pourquoi je me suis perdu dans la cambrousse alors que Tokyo et n’importe quelles grandes villes proposent des milliers d’endroits pour se divertir, sortir, acheter, travailler …, je vais essayer d’apporter des réponses, voir des arguments. Franchement, si je devrais vivre en ville au Japon ce serait Kyoto, pour l’excellente année en échange universitaire que j’ai passée. Mais même cette année là, chaque mois je retournais pour quelques jours dans cette campagne de Gifu.

1 – Dans mon inaka c’est plus sympa

Oui à n’en pas douter, les gens sont vraiment plus sympas et posés qu’en ville. C’est sûr qu’il y a pas mal de vieux dans notre contrée, contreforts alpins aux portes de Nagano. Mais la plupart sont super serviables, et d’autre sont ravis de voir nos enfants déboulés lorsque l’on va ramasser du raisin ou des kakis chez eux.

« mon fils et mes petits enfants sont à Tokyo, je ne les vois pas souvent ».

Les enfants sont plus calmes et polis qu’en ville selon des ALT (assistants de professeur d’anglais, généralement étrangers). Dès qu’il y a un événement, c’est plutôt cool de retrouver tous ces visages familiers dans un contexte différent. C’est sûr si vous avez des problèmes avec le voisin – y a aussi des japonais chiants – c’est moins sympa de voir sa tronche !

2 – Dans mon inaka c’est moins cher

Du fait de la dénatalité et des l’exode rural, il est possible de trouver des maison en location pour 30 000 Yens par mois. Au centre du village, il y a plusieurs maisons vides à louer vraiment vastes. Personnellement nous habitons sur la même parcelle que beau papa et belle maman, ce qui nous revient à pas grand chose.

Le gros plus c’est le potager. Pendant 7 – 8 moins nous n’achetons aucun légume. A 8 (5 adultes et 3 petits), le calcul est rapide.

L’inconvénient reste les déplacements, quoique nous ayons la chance d’avoir un supermarché pas trop loin dans le village, qui dessert aussi les alentours. Le budget essence n’est pas à négliger et les impôts locaux ne sont pas moins cher qu’à Nagoya aussi surprenant que cela ne l’est pas – rapport fonctionnaires/population.

3 – Dans mon inaka on mange bien

Des légumes du jardin, des insectes de la forêt, des champi sauvages (que j’évite pour pas finir trop irradié), les œufs de poule du copain, les fruits du voisin (garantie sans rien) ou du fermier tout proche (garantie pas bio) … Mis à part la viande, produits laitiers et le poisson, on trouve presque tout pour se sustenter sur place. Je ne suis pas un ayatollah du bio, mais pour mes enfants et moi-même je préfère savoir qu’aucun produit n’est venu gâter mes légumes.

Bien sûr le riz occupe une place prépondérante dans le paysage local, qualifié d’un des plus beaux paysages agricoles japonais (ne me demandez pas d’où cela sort). Le genmai ou riz complet est mon favori, car il me rassasie bien mieux que le blanc (raffiné = sucre, comme pour la farine de blé) .

Et puis c’est aussi le petit camion d’Hokkaïdo qui passe les Dimanches pour le lait, le vendeur ambulant de patate douce cuite aux cendres Yaki imo, le kankara mochi, le goheimochi,  …

4 – Dans mon inaka il y a de la verdure et des vieilles pierres

Déjà ça sent bon – sauf quand le beau père a l’idée de laisser une montagne de lisier sous la fenêtre de notre salle de bain.

Les saisons offrent tous leurs charmes dans cet environnement. Les rizières changent au rythme des saisons, les montagnes environnantes se parent de couleurs chaudes en Octobre / Novembre, le kanten sèche dehors après les moissons, les kakis sont suspendus aux façades des maisons, la neige pointe son nez en hiver … C’est un rapport privilégié à la nature et au temps, important pour nous.

La chaleur de l’été est supportable chez nous, alors qu’à quelques dizaines de kilomètres dans la cuvette de Tajimi, elle atteint des records l’été – 40 et plus.

Le village est également marqué par l’Histoire.

Son château, rasé par l’administration Meiji, fut le plus haut château du Japon, et culmina à 700 m d’altitude. Ce qui n’en fit pas une forteresse imprenable, au contraire puisque sur la Nakasendô il fut l’objet de convoitises. Souvent ceint de brume, il acquit le surnom 霧城 (kirijô) ou « château de brûme ». Mais sa renommée est due à sa châtelaine – sûrement la seule du Japon – « Otsuya no kata » du fait de son veuvage et de ses enfants en bas âge. Elle existe désormais sur les bouteilles de saké vendu par la fabrique locale, lovée dans l’artère principale qui conserve des maisons typiques (dont certaines sont ouvertes à la visite).

Vu d'en haut de mon quartier :  riz prêt à être récolté (OK ce n'est pas de la verdure verte)
Vu d’en haut de mon quartier : riz prêt à être récolté (OK ce n’est pas de la verdure verte)

Quelques désavantages

Les ragots comme dans toutes les communautés moins anonymes sont parfois pénibles. Pour moi ce n’est pas grave, mais c’est plus pour ma belle famille. Cela me rappelle un peu le « qu’en dira-t-on » en France d’il y a 50 ans.

Le manque d’activité pour les enfants est criant. Pour la musique encore nous avons de la chance avec une école Yamaha disponible. Mais rien pour les arts plastiques, passez votre chemin et presque rien pour le sport en club (juste les bukatsu). Il faut faire de la route, ce qui n’est pas jouable pour nous.

Le manque de travail qualifié peut aussi être un obstacle à l’installation et aux programme de retour mis en place pour contrer l’exode rural. Les conditions de travail – voir articles précédents ici et sur ma recherche d’emploi – sont en général moins bonnes que dans les grandes villes (salaire plus faible, moins de congés, mentalité conservatrice).

Une agriculture pas si saine : les exploitants regroupés sous forme d’entreprise / coopérative ont tendance à balancer un peu trop d’entrants. Quand on utilise l’eau du puits comme nous pour l’arrosage et le bain, ce n’est pas super. L’autre constat est la quantité de plastique utilisée pour couvrir le sol – et éviter le développement des mauvaises herbes. Forcément on retrouve une partie dans la nature, même si la récupération des déchets agricoles – comme de tous les déchets en général – est bien organisée.

La campagne japonaise pour y vivre

Franchement cela vaut le coup, si vous avez la possibilité bien entendu. Dans mon village nous sommes plusieurs étrangers dont à ma connaissance :

  • 2 anglais : un développeur de simulateurs de planétarium, un employé par une entreprise anglaise qui vend des mangas et anime en Grande-Bretagne (online marketing)
  • 1 gallois agriculteur
  • 1 maldivien employé dans une usine sous traitante de l’automobile
  • 1 français – moi
  • et bientôt 1 australo-timorais, cuistot

Ce n’est pas un hasard – enfin un peu. De l’avis de tous, on est dans un bon coin, pas trop isolé mais pas urbanisé. Je suppose qu’il existe plein d’autres endroits au Japon comme celui-ci Si vous en avez marre des grandes villes et que vous souhaitez mettre votre famille au vert – je ne recommande pas trop aux célibataires ce genre d’expérience – sachez qu’il existe des programmes pour vous aider – avec parfois des subventions à la clé.

Et vous cela vous tente ?

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