sento bain japonais traditionnel

Le bain, l’eau et les japonais

Prendre un bain c’est le plaisir quotidien de millions de japonais. Que cela soit à la maison dans l’ofuro お風呂, dans les bains publics ou sentô 銭湯 ou lors d’une escape dans une des innombrables sources d’eau chaude du pays, les fameux onsen 温泉, le japonais aime ses ablutions à la fois hygiénique et source de bien-être après de longues journées de travail. Ici l’eau, et l’eau chaude en particuliers, occupe une place prépondérante dans la culture japonaise. Malgré son insularité, la mer et l’océans, pourtant nourriciers, font peur, au contraire des sources volcaniques.

Je ne vais pas vous parler de comment prendre un bain au Japon désolé !

C’est un des paradoxes qui entourent l’eau au Japon…

Le bain, de la religion au tourisme

Le bain individuel est un luxe récent, les japonais prenaient leur bain au sento du coin, surtout dans les grandes villes. Or des centaines d’établissements de bains publics ont fermé leurs portes à Tokyo depuis le début des années 2000, sans qu’aucune nouvelle ouverture ne vienne contrecarrer cette tendance à la disparition d’une tradition multicentenaire. Au delà de la relaxation et de l’hygiène, c’est un lieu social où une mixité sociale existait.

sento bain japonais traditionnel
Petit illustré d’un sento au Japon

L’origine du bain japonais en bois ou non, remonte à l’arrivée du bouddhisme au Japon : seuls les temples à l’époque Nara avaient des bains, destinés uniquement aux religieux (cf vidéo). La période Kamakura vit un relâchement de la règle, ce qui permit le développement vers les classes plus aisées des marchands et nobles de bains privés. Mais c’est surtout après Guerre que les bains publics prirent leur envol jusqu’aux années 70 et l’arrivée du ofuro dans toutes les demeures japonaises avec les fameuses – pas toujours réussies – salles de bain préfabriquées ou « unit bath ».

広島・神勝寺温泉

Les onsens eux vécurent en parallèle leur propre histoire associée aux vertus des eaux chaudes naturelles issues des entrailles de la Terre. Chaque source propose son eau tsurutsuru qui laisse la peau douce ou l’eau au radon ou radium naturel, dont les bouffées contribuaient à la réduction des cancers, selon le processus de l’hormèse (références scientifiques : ici, , là-bas ou encore par ici).

L’eau pour les japonais est à la fois spiritualité et santé. L’eau est ainsi un ingrédient important dans le thé vert ou le saké !

L’eau chaude, une obsession ?

Je parlais d’eau chaude, car comme les chinois, les japonais pratiquent la médecine chinoise qu’on appelle ici kanpô 漢方医学 (les 2 derniers caractères signifient médecine, igaku). Bien que possédant des variantes, la version japonaise est très proche. Ce n’est pas pour rien que des médecins traditionnels chinois s’approvisionnent en ingrédients de qualité (plantes) au Japon. La croyance, en Chine et au Japon, est que l’eau chaude est meilleure pour la santé, notamment sur le long terme comme l’indique en anglais sur sa page ce Dr Mee Lain Ling. D’où des breuvages chauds comme le thé vert japonais ou ocha tout au long de la journée.

Mais une eau pure, peu riches en minéraux, garantie un thé vert d’une saveur quasi parfaite. Il en va également de la sorte pour le saké. Le calcaire est bien sûr le pire minéral qu’il soit, il semble notamment ralentir les échanges entre la feuille de thé et l’eau. D’où des déceptions quand on achète un thé à 1000 Yens les 100 grammes et que l’on se retrouve avec un jus de paille rentré à la maison (vécu !).

Pour le saké, l’eau est un ingrédient primordial. Je vous recommande d’ailleurs – même si je n’aime pas du tout, on dira de la vodka « douce » – fortement les saké brassés au pied des Alpes nipponnes, comme celui de Mister Watarai de notre village.

Pour la culture du riz, la qualité de l’eau est également primordial. Là, personnellement je ne m’y connais pas assez, mais mes collègues demandent à mon copain gallois agriculteur dans le coin de les fournir en riz, alors même qu’ils habitent à 1h30 d’ici. On serait apparemment dans un coin parfait…

Le japonais, en tant que fins techniciens et observateurs, s’amusent depuis quelques années à améliorer les qualités de l’eau, comme avec de l’eau électrolysée désoxygénée et ionisée avec un PH proche de 15, les multiples appareils pour produire à la maison de l’eau alcaline, ou l' »eau tactique » soit une eau ultra-filtrée (0 trace de chlore…) et enrichie en ions. Si les initiatives se multiplient, c’est que l’eau est une des ressources naturelles du Japon.

 

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